dimanche 18 septembre 2011

Trollage


Le «trollage» est une tendance troublante qui est en pleine croissance sur les réseaux sociaux et déjà, un de ces trolls vient de recevoir un sentence de prison…


Sean Duffy. 


On trouve de plus en plus sur les réseaux sociaux des pages RIP (Rest In Peace), dédiées à la mémoire de personnes disparues. Les personnes qui ont aimé, connu ou fréquenté ces gens s’en servent pour écrire des mots de condoléances aux familles endeuillées, des messages d’espoir ou tout simplement des souvenirs. C’est une manière simple et efficace de partager sa tristesse face à une disparition souvent prématurée. Mais là comme ailleurs, tout ne se passe pas toujours comme on le souhaiterait.

Sean Duffy, un Britannique de 25 ans, a été condamné à 18 semaines de prison et cinq ans d’interdiction de créer un compte ou de fréquenter les réseaux sociaux pour s’être moqué d’adolescents sur les pages RIP qui leur étaient consacrées…

Ces adolescents, il ne les connaissait pas personnellement. Il ne faisait que s’adonner à son hobby préféré, le «trollage» RIP.

C’EST PAS PARCE QU’ON RIT QUE C’EST TROLL


Est un troll, et fait donc du «trollage», quiconque participe à une discussion ou à un débat en ligne pour susciter ou nourrir artificiellement une polémique.
Selon Whitney Philips, une étudiante américaine qui a fait du sujet sa thèse de doctorat, les trolls sont en général des hommes de 20 à 30 ans, éduqués et intelligents.

«Ce sont des charognards, a-t-elle expliqué à un journaliste britannique. Ils ramassent des bribes sur le Net et les transforment comme ils veulent».

Selon elle, il y aurait des milliers de trolls sur le web, leur nombre va chaque jour grandissant et certains sites dédiés au «trollage» (le plus connu étant Encyclopedia Dramatica) se font un devoir de célébrer leurs «exploits».
LA BLAGUE TOURNE AU VINAIGRE


Natasha BacBryde, 15 ans, l’une des victimes des farces macabres de Sean Duffy.


Lors de son procès, Sean Duffy a été décrit comme un jeune homme obsédé par le trollage. Solitaire, alcoolique et atteint du syndrome d’Asperger, un trouble de développement du spectre autistique, sans le retard mental généralement associé à l’autisme, Sean est le fils de John Duffy, un humoriste britannique qui a connu le succès grâce à un faux compte Twitter dans lequel il parodiait la chanteuse britannique Cheryl Cole.

Selon lui, son fils serait devenu un troll parce qu’il voulait de l’attention.
«Il recevait une réponse, des réactions en faisant ça, a-t-il expliqué. Il ne comprenait pas les conséquences de ce qu’il faisait.»


Un des messages laissés par Sean Duffy sur la page RIP de Natasha MacBryde... 


Les victimes de Sean Duffy sont nombreuses. Parmi elles, on retrouve Natasha MacBryde, une victime de cyberintimidation, qui s’est suicidée à 15 ans en février dernier, le jour de la St-Valentin, en se jetant sous les roues d’un train, près de chez elle, dans le Worcestershire, en Angleterre.


Dès le lendemain de sa mort, Duffy a publié des commentaires sur la page RIP créée par le frère de la jeune fille. Parmi ces commentaires: «Je me suis endormie sur la voie ferrée lol», «J’ai pris un train vers le ciel», etc.
Quatre jours plus tard, il publiait une vidéo intitulée «Tasha MacTank Engine» (d’après la locomotive Thomas the Tank Engine, personnage principal de livres pour enfants et d’une série télévisée britannique), dans laquelle le visage de la jeune fille ornait le devant de la locomotive. Il a aussi créé des affiches, dont l’une proclamait: «Natasha n’était pas victime de cyberintimidation, c’était juste une pute».


PEUT-ON RIRE DES MORTS SANS PENSER AUX VIVANTS?



Hayley Bates, 16 ans. Duffy s’est également amusé à ses dépens... 

Une autre victime de Duffy fut Hayley Bates, 16 ans, morte dans un accident d’auto en septembre 2010. Il a créé une page Facebook, qu’il a intitulé «Hayley Smash Nissan», dans laquelle on pouvait voir une photo de la jeune fille et une légende proclamant «voiture usagée à vendre, propriétaire unique et inutilisable».
Sur une autre photo, le jeune homme avait tracé des croix sur les yeux de la jeune morte et des points de suture sur son front tandis qu’une autre montrait un corps infesté d’asticots et une légende qui disait «Apparemment, je goûtais vraiment bon».

Lorsque la soeur d’Hayley a voulu confronter le troll en ligne, ce dernier a répondu en incarnant la victime: «Ça doit être ennuyant sur Terre sans personne avec qui être incestueux, je t’aime soeurette».
Il s’en est ensuite pris à Lauren Drew, une ado de 14 ans, morte d’une crise d’épilepsie en janvier 2011, en envoyant entre autres à sa mère des messages comme «Aide-moi maman, il fait chaud en enfer» ou en créant, le jour de la Fête des mères, une vidéo montrant un cercueil et proclamant «Bonne fête des mères».

Sa dernière victime fut Jordan Cooper, un Anglais de 14 ans tué à coups de couteau. Duffy a créé une page intitulée «Jordan Cooper en morceaux» dont la photo de profil était un couteau dégoulinant de sang. Une vidéo fut ajoutée, sur laquelle les yeux du jeune garçon avaient été rayés et son visage lacéré.


Jordan Cooper, une autre victime du triste troll.


C’EST POUR LE LULZ!

Difficile de comprendre comment on peut prendre plaisir à faire ce genre de choses.
Suite à l’arrestation de Duffy, un journaliste du DailyMail s’est posé la question et a réussi à retracer un troll et à l’interroger à ce sujet.

Sa réponse: «Ma motivation première, c’est que je méprise les gens qui sentent le besoin de créer des pages RIP, à la recherche de condoléances. (…) De plus, je trouve ça amusant de se moquer des morts. Je trouve drôle de voir des gens être blessés. Si je peux me faire rire et faire rire mes amis aux dépens d’un mort, que ça ne dérange pas le moins du monde, alors, pourquoi ne pas le faire? Je sais que je devrais me sentir mal de faire ça, continue-t-il. Mais non. C’est pour le LULZ. Peu importe ce que je troll, en autant que ça me fasse rire. Mon but premier c’est d’apporter le chaos dans un petit monde parfait de quelqu’un. Je prospère sur la douleur et la stupidité des autres».


Lauren Drew, 14 ans, morte d’une crise d’épilepsie en janvier 2011

NdlR: à l’origine, LULZ était la forme donnée au pluriel de LOL – Laugh Out Loud – mais à l’usage le terme s’est transformé en nom commun désignant un contenu internet intéressant ou drôle et donnant toute liberté de faire n’importe quoi, trollage et viol compris.


LES TROLLS DE CE MONDE ENTENDRONT-ILS LE MESSAGE?

Il va sans dire que Facebook encourage ses membres à rapporter tous les cas d’abus malveillants de ce genre.

Dès qu’un compte est identifié comme étant celui d’un troll, des systèmes l’analysent afin de pouvoir retracer d’autres comptes suspects qui y seraient reliés.

La tâche n’est cependant pas facile, surtout quand on pense que le réseau compte 500 millions d’utilisateurs et qu’il y aura toujours, en ligne comme dans la vie réelle, des gens qui prennent plaisir à nuire aux autres et qui savent trouver mille et une façons d’y parvenir.

À tout le moins, on peut espérer que l’inculpation de Sean Duffy servira à démontrer à ses semblables qu’ils ne sont pas aussi anonymes qu’ils le croient et qu’ils risquent eux aussi d’être arrêtés et accusés s’ils continuent leurs petits jeux sadiques.



http://www.synchro-blogue.com/synchro/2011/09/pas-de-paix-pour-les-morts-sur-facebook.html

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